
Nous avons tous des défis différents face aux comportements de nos enfants. Mais ce que nous appelons parfois un « mauvais comportement » est souvent un comportement normal qui traduit une émotion, un besoin ou une compétence encore en développement.
Un problème de comportement chez l’enfant ne se résume donc pas à un refus, une colère ou un manque d’écoute occasionnel. Ce sont surtout la fréquence, l’intensité et l’impact du comportement sur la vie quotidienne qui doivent attirer notre attention.
Les études que j’ai consultées sur le développement et le comportement des enfants convergent vers une même idée : pour modifier durablement un comportement, il faut d’abord essayer de comprendre ce qui se passe derrière celui-ci.
Un enfant anxieux ou frustré peut, par exemple, se mettre en colère parce qu’il ne sait pas encore gérer certaines émotions difficiles.
Le comportement peut également être influencé par le cadre. Lorsque les règles changent souvent ou que les attentes ne sont pas claires, il devient plus difficile pour un enfant de savoir comment réagir. Des consignes simples et prévisibles peuvent déjà réduire certains conflits.
Jane Nelsen rappelle également que les enfants ne savent pas toujours identifier ou exprimer leurs besoins. Votre fille ne vous dira probablement pas : « J’ai besoin de retrouver un peu de connexion avec toi. » Elle risque plutôt de vous suivre partout ou de chouiner.
De la même manière, un enfant qui a besoin de davantage d’autonomie peut s’opposer, tandis qu’un enfant qui ne sait pas comment commencer ses devoirs peut les repousser jusqu’au dernier moment.
Comprendre ce qui se cache derrière un comportement ne signifie pas tout accepter. On peut comprendre une colère tout en maintenant une limite. L’objectif est surtout d’aider progressivement l’enfant à trouver une autre manière de réagir.
Voici cinq comportements difficiles chez l’enfant qui peuvent sembler inquiétants alors qu’ils font souvent partie du développement normal.
1. « Paresse » ou manque de motivation

Qui n’a jamais eu affaire à un enfant qui semble totalement démotivé ? Les devoirs traînent, l’activité commencée reste inachevée et il faut parfois répéter plusieurs fois avant qu’il ne commence ce qu’on lui demande.
Mais avant de parler de paresse, il est utile de se demander ce qui explique ce manque de motivation.
Un enfant peut manquer d’intérêt pour une activité, mais il peut également être fatigué, avoir faim, trouver la tâche trop difficile ou ne pas savoir comment commencer.
Comment aider un enfant qui manque de motivation ?
Commencez par vous intéresser à ce qui le motive. Plus une activité rejoint ses centres d’intérêt, plus il sera facile de susciter son engagement. Cela ne signifie pas éviter tout ce qu’il n’aime pas, mais chercher des moyens de rendre certaines obligations plus intéressantes.
Votre fille déteste la natation mais adore retrouver ses amis ? Être dans le même groupe qu’une copine peut déjà changer son rapport à l’activité.
Donnez-lui également une petite marge de décision. Les recherches sur la motivation montrent notamment l’importance de l’autonomie. Au lieu de décider de chaque détail, vous pouvez par exemple lui permettre de choisir quand faire ses devoirs, tout en fixant une limite claire :
« Tu choisis quand tu commences, mais les devoirs doivent être terminés avant 18 heures. »
Enfin, essayez de ne pas faire du manque de motivation une bataille quotidienne.
Dire « tu es paresseux » risque surtout d’enfermer l’enfant dans une étiquette. Une question comme « J’ai remarqué que tu as du mal à commencer. Qu’est-ce qui te bloque ? » permet davantage de chercher une solution ensemble.
Un cadre clair reste néanmoins essentiel. Donner de l’autonomie ne signifie pas supprimer les règles : il s’agit de laisser des choix à l’intérieur d’un cadre défini.
2. Quand votre enfant essaie de négocier, encore et encore
Les enfants apprennent très vite quels comportements leur permettent d’obtenir ce qu’ils veulent. Pleurer, insister, négocier ou répéter une demande vingt fois peuvent donc devenir des stratégies particulièrement efficaces.
Plutôt que de parler d’« enfant manipulateur », je préfère parler d’un enfant qui teste une stratégie : « Est-ce que cela fonctionne si j’insiste encore un peu ? »
Et, soyons réalistes, il nous arrive à tous de céder simplement parce que nous sommes fatigués. Le problème apparaît surtout lorsque l’enfant comprend qu’une règle peut changer s’il insiste suffisamment.
Comment réagir ?
Expliquez la règle une fois, simplement, puis évitez de repartir dans une longue négociation.
Avant d’entrer dans un magasin, par exemple :
« Nous achetons ce qui est sur la liste. Aujourd’hui, nous n’achèterons rien d’autre. »
Prévenir à l’avance aide l’enfant à savoir ce qui va se passer et réduit les occasions de conflit.
Vous pouvez également utiliser le renforcement positif pour attirer son attention sur le comportement attendu plutôt que d’attendre qu’un problème survienne.
Une consigne claire, donnée avant la situation difficile, est souvent beaucoup plus efficace qu’une longue explication donnée lorsque tout le monde est déjà énervé.
3. « Il ne m’écoute jamais ! »
Il semble parfois que les enfants maîtrisent parfaitement l’art d’ignorer nos consignes. Vous demandez une première fois, puis une deuxième… et votre enfant continue exactement ce qu’il faisait comme si vous n’aviez rien dit.
Pourtant, un manque d’écoute chez l’enfant n’est pas toujours de la désobéissance. L’attention et la capacité à passer d’une activité à une autre sont des compétences qui se développent progressivement pendant l’enfance.
Les recherches sur l’attention montrent notamment que la capacité à détourner puis à recentrer son attention évolue beaucoup chez les jeunes enfants.
Je le remarque d’ailleurs chez moi : quand je suis plongée dans un livre ou concentrée sur quelque chose qui m’intéresse, je peux très bien ne pas entendre immédiatement ce qu’on me dit. Les enfants ne sont pas si différents.
Comment aider un enfant qui n’écoute pas ?
Commencez par vous rapprocher de lui. Une consigne lancée depuis l’autre bout de la pièce a beaucoup moins de chances d’attirer son attention.
Mettez-vous à sa hauteur si nécessaire, établissez le contact, puis formulez une consigne courte et précise. Si votre enfant est absorbé par son jeu ou son émission préférée, prévenez-le également avant une transition :
« Dans dix minutes, il faudra éteindre et venir mettre la table. »
Puis faites un rappel quelques minutes plus tard.
Ce petit temps de préparation peut rendre le passage d’une activité à une autre beaucoup plus facile. Et lorsque plusieurs choses doivent être faites, évitez si possible d’enchaîner cinq consignes à la fois. Commencez par la première :
« Mets d’abord tes chaussures. Ensuite, je te dirai ce qu’on fait. »
Parfois, simplifier la consigne suffit déjà à transformer ce qui ressemblait à un problème d’obéissance.

4. Agitation et ennui
« Je m’ennuie ! »
Ces deux mots peuvent nous donner immédiatement envie de proposer une activité, de sortir un jeu ou de trouver quelque chose pour occuper notre enfant.
Mais nous n’avons pas forcément besoin de remplir chaque moment vide. La recherche récente invite toutefois à être plus nuancé qu’on ne l’était il y a quelques années. On ne peut pas affirmer que l’ennui, à lui seul, rend automatiquement les enfants plus créatifs : les résultats scientifiques sur cette relation sont mitigés.
En revanche, laisser aux enfants des moments où leur activité n’est pas entièrement organisée par un adulte peut leur donner l’occasion de choisir, d’explorer, d’inventer et de prendre davantage d’initiatives. Le jeu non structuré permet notamment aux enfants de faire leurs propres choix et de créer leurs propres activités.
Faut-il laisser son enfant s’ennuyer ? Oui, mais cela ne signifie pas forcément le laisser seul face à deux heures de vide.
Tous les enfants ne savent pas spontanément quoi faire d’un temps libre. Certains ont besoin d’un petit coup de pouce pour démarrer. C’est là que l’idée d’un environnement non structuré, mais stimulant devient intéressante.
Vous pouvez par exemple réfléchir ensemble à quelques possibilités : dessiner, construire une cabane, inventer une histoire, sortir des Lego, bricoler ou jouer dehors. Puis laissez votre enfant décider ce qu’il veut faire, comment il veut le faire et pendant combien de temps.
Des spécialistes du développement de l’enfant recommandent justement cette approche : proposer quelques pistes lorsqu’un enfant ne sait pas par où commencer, puis lui laisser progressivement davantage d’initiative.
Le but n’est donc pas de faire de l’ennui une nouvelle obligation éducative. Il s’agit simplement de ne pas se sentir obligé de divertir son enfant à chaque instant.
Ces petits moments où il doit chercher lui-même « Qu’est-ce que je pourrais faire ? » peuvent devenir de belles occasions de développer son autonomie.
Et si votre enfant a du mal à trouver seul des idées, vous pouvez préparer avec lui une petite liste d’activités à laquelle il pourra revenir lorsqu’il s’ennuie.
C’est également l’objectif de mes ressources autour des fonctions executives : donner quelques points de départ aux enfants sans organiser le jeu à leur place. L’idée est de les aider progressivement à passer de « Je ne sais pas quoi faire » à « Je vais trouver quelque chose ».

5. Les colères
Je n’ai pas encore rencontré un parent dont l’enfant n’a jamais fait de colère. Et ce n’est pas étonnant : les colères font partie du développement normal, particulièrement chez les jeunes enfants qui apprennent encore à gérer la frustration et les émotions fortes.
Une colère peut avoir de nombreuses causes. Votre enfant peut être frustré parce qu’il n’obtient pas ce qu’il veut, mais il peut aussi être fatigué, avoir faim, être submergé par une émotion ou simplement ne pas encore avoir les mots pour exprimer ce qui se passe.
Toutes les études que j’ai consultées sur les colères infantiles et la régulation émotionnelle convergent vers cette idée : derrière une crise, il y a souvent un enfant qui ne dispose pas encore des compétences nécessaires pour gérer autrement ce qu’il ressent.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faut accepter les coups, les insultes ou les comportements dangereux.
Comment réagir à une colère ?
Pendant la crise, l’objectif principal n’est pas de faire entendre raison à votre enfant. Lorsqu’il est submergé par ses émotions, une longue explication a peu de chances d’être entendue.
Essayez plutôt de rester calme, de limiter vos paroles et de maintenir la limite :
« Je vois que tu es très en colère. Tu as le droit d’être en colère, mais je ne te laisserai pas taper. »
Vous pourrez revenir sur la situation une fois le calme revenu et réfléchir avec lui à ce qu’il pourrait faire différemment la prochaine fois.
Il est également utile d’observer les circonstances qui précèdent régulièrement les crises. La fatigue, la faim, les transitions difficiles ou certaines situations particulièrement frustrantes peuvent influencer le comportement de votre enfant.
Comprendre les déclencheurs permet parfois d’intervenir avant que la situation ne dégénère.
Pour aller plus loin
Comment gérer la crise de colère de son enfant : 35 stratégies simples qui fonctionnent vraiment
Quand faut-il s’inquiéter d’un problème de comportement chez l’enfant ?
Un comportement difficile occasionnel ne signifie pas nécessairement qu’il existe un problème.
En revanche, il peut être utile de demander l’avis d’un professionnel lorsque les comportements sont très fréquents ou particulièrement intenses, durent longtemps, provoquent des blessures, deviennent dangereux ou perturbent fortement la vie familiale, scolaire ou sociale de votre enfant.
Demander conseil ne signifie pas qu’il y a forcément quelque chose de grave. Cela permet simplement de mieux comprendre ce qui se passe et de déterminer si votre enfant a besoin d’un accompagnement particulier.
Questions fréquentes sur les comportements difficiles chez l’enfant
Pourquoi mon enfant se comporte-t-il mal avec moi mais pas à l’école ?
Les attentes, les contraintes et l’environnement ne sont pas les mêmes. Observez surtout quand le comportement apparaît : ce qui se passe juste avant peut fournir des indices précieux sur ce qui le déclenche.
Pourquoi mon enfant n’écoute-t-il pas ?
Il peut s’agir d’opposition, mais aussi d’attention, de fatigue ou d’une difficulté à interrompre une activité. Se rapprocher, attirer son attention puis donner une consigne courte fonctionne souvent mieux que répéter plusieurs fois à distance.
Les colères sont-elles normales ?
Oui, particulièrement chez les jeunes enfants. Elles diminuent généralement à mesure que le langage et les capacités de régulation émotionnelle se développent.
Faut-il punir un enfant qui fait une colère ?
Une colère est avant tout une émotion à apprendre à gérer. Vous pouvez maintenir fermement les limites concernant les comportements inacceptables tout en reconnaissant ce que ressent votre enfant.
Comment améliorer le comportement de mon enfant ?
Commencez par observer les déclencheurs, clarifier vos attentes et choisir un comportement précis à travailler. Vouloir tout changer simultanément rend souvent les choses plus difficiles pour tout le monde.
Avant de conclure
Le comportement est une information. Au lieu de nous demander uniquement « Comment faire cesser ce comportement ? », nous pouvons aussi nous demander :
« Qu’est-ce que mon enfant essaie de me montrer et quelle compétence a-t-il encore besoin d’apprendre ? »
Cette petite question peut complètement changer notre façon d’aborder les difficultés de comportement, les crises de colère, le manque d’écoute, l’opposition et la régulation émotionnelle.
Et surtout, il ne s’agit pas d’être un parent parfaitement calme ou de trouver la bonne réaction à chaque fois. L’objectif est simplement de mieux comprendre ce qui se joue pour pouvoir accompagner progressivement son enfant vers davantage d’autonomie et d’autorégulation.
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Formidable! J’ai beaucoup appris de vos conseils. Ils sont fort riches et intéressants. Merci bien.
Merci de m’avoir lue :)
Superbes ! Merci à vous pour ces explications. Je retrouve des comportements de mon fils et votre article va m aider à déculpabiliser et à comprendre ses attitudes. Merci. Instructif
Avec plaisir!