
Aujourd’hui, nous savons que la capacité des enfants à gérer leurs émotions influence fortement leur comportement, leurs relations et leur réussite scolaire.
Les nombreuses études que j’ai consultées au fil de mes recherches arrivent à une conclusion très claire : les enfants qui apprennent tôt à comprendre et réguler leurs émotions développent de meilleures compétences sociales, une attention plus stable et une plus grande capacité à faire face aux difficultés.
En tant que chercheure en éducation, enseignante certifiée et maman de trois enfants, j’ai aussi observé à quel point ces compétences se construisent dans les interactions quotidiennes, souvent à travers de petites situations très ordinaires.
Un enfant qui sait identifier ce qu’il ressent :
- gère mieux les frustrations
- demande plus facilement de l’aide
- développe des relations plus solides
- apprend plus sereinement à l’école
La bonne nouvelle, c’est que l’intelligence émotionnelle ne dépend pas du tempérament d’un enfant : elle se développe progressivement, à travers l’environnement émotionnel que nous créons autour de lui.
Et souvent, cela commence simplement par éviter certaines attitudes parentales qui compliquent involontairement cet apprentissage.
Voici cinq choses que les parents émotionnellement intelligents évitent — et ce qu’ils font à la place.
5 choses que les parents émotionnellement intelligents évitent (et ce que les enfants apprennent à la place)
1. Les parents émotionnellement intelligents ne cachent pas toutes leurs émotions
Pendant longtemps, on a pensé qu’un « bon parent » devait toujours paraître calme et parfaitement maîtrisé. Pourtant, la recherche montre plutôt que les enfants apprennent à gérer leurs émotions en observant comment les adultes gèrent les leurs.
Cela ne signifie évidemment pas que les parents doivent exprimer leurs émotions sans filtre. Mais montrer que les émotions existent et qu’elles peuvent être gérées est un apprentissage précieux pour un enfant.
Par exemple, un enfant peut apprendre beaucoup simplement en entendant un parent dire :
- « J’étais stressé parce que j’avais beaucoup de travail aujourd’hui. »
- « J’étais déçu que le rendez-vous soit annulé. »
Ce type de phrases aide les enfants à comprendre deux choses essentielles :les émotions sont normales ET elles peuvent être exprimées calmement
Ce que vous pouvez faire
Essayez simplement de nommer vos émotions à voix haute dans des situations du quotidien.
Par exemple :
- « J’étais un peu anxieux ce matin, alors j’ai pris quelques minutes pour respirer. »
- « J’étais frustré quand j’ai raté le bus, mais j’ai trouvé une autre solution. »
Ce lien entre émotion et stratégie est extrêmement puissant pour les enfants.
Pour aller plus loin
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Comment vos paroles peuvent cultiver l’intelligence émotionnelle de votre enfant

2. Les parents émotionnellement intelligents n’ignorent pas les déclencheurs émotionnels
Tous les parents l’ont déjà vécu : une réaction émotionnelle qui semble surgir de nulle part. Pourtant, les études sur le développement émotionnel montrent que les réactions des enfants sont rarement aléatoires. Elles sont souvent liées à des déclencheurs spécifiques : fatigue, transitions, frustration ou surcharge sensorielle.
Comprendre ces déclencheurs peut transformer la manière dont on gère les situations difficiles. Avec mes propres enfants, j’ai remarqué que certaines crises étaient presque toujours liées à des moments précis de la journée : retour d’école, fatigue du soir ou transitions rapides.
Observer ces schémas permet souvent d’anticiper les difficultés.
Une stratégie simple
Beaucoup de parents trouvent utile de noter brièvement certaines situations émotionnelles récurrentes. Par exemple :
- moment de la journée
- situation
- réaction de l’enfant
Au fil du temps, des tendances apparaissent très souvent.
Pour accompagner les parents dans cette observation, j’ai d’ailleurs créé des outils comme le guide “J’accompagne les colères (et autres émotions difficiles) de mon enfant”, qui propose des exercices simples pour aider les enfants à identifier et exprimer leurs émotions.
Pour aller plus loin
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3. Les parents émotionnellement intelligents ne prennent pas les réactions émotionnelles comme des attaques personnelles
Quand un enfant crie, pleure ou se met en colère, il peut être facile d’avoir l’impression qu’il défie l’autorité parentale. Pourtant, la plupart du temps, les réactions émotionnelles des enfants sont simplement le signe qu’ils ne savent pas encore comment gérer ce qu’ils ressentent.
Le cerveau émotionnel des enfants se développe encore pendant de nombreuses années. Autrement dit, ils n’ont pas encore les outils neurologiques nécessaires pour gérer certaines émotions de manière autonome.
Prendre une crise comme une attaque personnelle peut donc rendre la situation plus difficile pour tout le monde.
Une stratégie utile : le bouton pause
Dans les moments intenses, prendre une courte pause peut changer toute la dynamique.
Cela peut être aussi simple que :
- respirer profondément
- boire un verre d’eau
- compter jusqu’à dix
- s’éloigner quelques secondes
Cette pause permet souvent de revenir à la situation avec plus de calme et de clarté.
Ensuite, renouer le contact avec l’enfant — parfois simplement avec une main posée sur l’épaule ou une présence calme — peut aider à désamorcer la tension.
Pour aller plus loin
11 astuces pour se faire obéir sans crier

4. Les parents émotionnellement intelligents n’invalident pas les émotions
Il arrive à tous les parents de minimiser involontairement les émotions de leurs enfants.
Par exemple :
- « Ce n’est rien. »
- « Tu exagères. »
- « Arrête de pleurer. »
Ces phrases sont souvent dites avec de bonnes intentions. Pourtant, les recherches en psychologie du développement suggèrent qu’elles peuvent amener les enfants à penser que leurs émotions sont inacceptables ou embarrassantes.
Avec le temps, cela peut rendre plus difficile l’identification et l’expression des émotions. Une approche plus utile consiste à reconnaître l’émotion, tout en guidant le comportement.
Par exemple :
- « Je vois que tu es frustré. »
- « Tu es déçu que le jeu soit terminé. »
Puis seulement ensuite :
- « On va trouver une autre activité. »
- « On peut en reparler calmement. »
Cette approche aide les enfants à comprendre une idée essentielle : toutes les émotions sont acceptables MAIS tous les comportements ne le sont pas forcément.

5. Les parents émotionnellement intelligents ne protègent pas leurs enfants de toutes les émotions difficiles
Quand un enfant souffre ou se sent frustré, l’instinct naturel est souvent de vouloir éliminer immédiatement la difficulté. Mais les recherches sur la résilience émotionnelle montrent que les enfants apprennent justement à gérer les émotions en les traversant progressivement.
Cela ne signifie pas exposer un enfant à des situations trop difficiles. Mais vivre de petites frustrations — perdre un jeu, attendre son tour, essayer quelque chose de nouveau — fait partie de l’apprentissage émotionnel.
Ces expériences permettent aux enfants de développer :
- la patience
- la persévérance
- la capacité à tolérer la frustration
Une approche progressive
Avec les enfants plus anxieux, une approche graduelle peut être particulièrement utile :
- préparer l’enfant à une situation nouvelle
- rester présent au début
- réduire progressivement l’accompagnement
Au fil du temps, les enfants apprennent qu’ils peuvent gérer des situations qu’ils pensaient difficiles.
Quand les enfants apprennent que les émotions sont normales
Toutes les recherches que j’ai consultées sur l’intelligence émotionnelle arrivent à la même conclusion : lorsque les enfants grandissent dans un environnement où les émotions sont reconnues, comprises et accompagnées, ils développent progressivement la capacité de gérer les leurs de manière autonome.
Cela ne demande pas des parents parfaits. Ce sont surtout les petites interactions quotidiennes qui construisent ces compétences émotionnelles.
Questions fréquentes
Mon enfant fait souvent des crises. Est-ce normal ?
Oui. Les jeunes enfants ont encore peu d’outils pour gérer leurs émotions. Les crises font souvent partie du processus d’apprentissage. Avec du temps, du soutien et des stratégies adaptées, les enfants développent progressivement des moyens plus efficaces pour exprimer ce qu’ils ressentent.
Pour aller plus loin
Comment gérer la crise de colère de son enfant : 35 stratégies simples qui fonctionnent vraiment
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À quel âge commence l’intelligence émotionnelle ?
Les bases apparaissent très tôt. Dès la petite enfance, les enfants commencent à reconnaître certaines émotions simples comme la joie, la colère ou la tristesse. Mais le développement complet de ces compétences se poursuit pendant toute l’enfance et même l’adolescence.
Faut-il toujours parler des émotions avec son enfant ?
Parler des émotions est utile, mais cela ne doit pas devenir une obligation permanente. Parfois, les enfants ont surtout besoin d’être écoutés ou accompagnés calmement. L’essentiel est de créer un environnement où ils savent que leurs émotions peuvent être exprimées.
Comment aider un enfant qui a du mal à exprimer ce qu’il ressent ?
Certains enfants trouvent difficile de mettre des mots sur leurs émotions. Dans ces cas-là, les supports visuels ou les activités guidées peuvent beaucoup aider. Des outils comme des cartes d’émotions ou des journaux émotionnels permettent souvent aux enfants de s’exprimer plus facilement.
Existe-t-il des ressources pour accompagner les émotions des enfants ?
Oui, et beaucoup de parents apprécient d’avoir des supports simples à utiliser à la maison. C’est pour cela que j’ai conçu plusieurs guides et ressources téléchargeables, dont “J’accompagne les colères (et autres émotions difficiles) de mon enfant”, qui propose des stratégies concrètes pour aider les enfants à comprendre et réguler leurs émotions au quotidien.
References
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/9204669
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/12615094
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/12916575
https://psycnet.apa.org/record/1991-23887-001






Merci beaucoup pour votre aide.
Avec plaisir :)
Ma fille de 2ans et demi pousse souvent ça soeur de 1an et demi par jalousie. Mon conjoint et moi avons beau lui expliquer que ce n’est pas bien de réagir comme ca, elle nous dit avoir compris mais recommence plus fort dans la minute qui suit. Comment faire pour que ça ne se reproduise plus ?
Merci pour votre aide
Bonjour Sarah,
Merci pour votre commentaire. Voici quelques articles qui peuvent peut être vous aider:
https://www.lesapprentisparents.fr/2020/06/25/un-guide-par-tranche-dage-pour-comprendre-et-gerer-le-comportement-de-votre-enfant/
https://www.lesapprentisparents.fr/2019/11/15/une-strategie-de-discipline-positive-que-vous-pouvez-mettre-en-place-des-aujourdhui/
Bon courage