
Beaucoup de parents me confient, parfois un peu à bout de souffle : « Est-ce normal que mon enfant de 5 ans fasse encore des crises de colère ? » La réponse est simple : oui, c’est normal. À 5 ans, le cerveau émotionnel est encore en plein développement. Même si votre enfant parle bien, raisonne mieux et semble plus “grand”, il ne maîtrise pas encore pleinement ses émotions. La colère déborde parfois plus vite que les mots.
Maman de trois enfants, j’ai moi-même traversé ces tempêtes à la maison. Et en tant que chercheuse qui s’est beaucoup intéressée au comportement des enfants, je peux vous assurer une chose : la colère à 5 ans n’est pas un échec éducatif. C’est une compétence en cours de construction. Ce qui fait la différence, ce ne sont pas les crises en elles-mêmes, mais la façon dont nous accompagnons nos enfants à les traverser.
Pourquoi la colère est fréquente à 5 ans ?
À cet âge, votre enfant veut plus d’autonomie, comprend davantage les règles, ressent les injustices très fort, mais manque encore d’outils pour réguler frustration et déception. Ajoutez à cela la fatigue, la faim, les transitions difficiles… et vous avez la recette parfaite pour une explosion émotionnelle. Et non, cela ne veut pas dire que vous avez raté quelque chose
Comment gérer la colère chez l’enfant de 5 ans ?
Voici les stratégies que j’utilise à la maison et que de nombreuses études scientifiques recommandent.

1) Renforcer son intelligence émotionnelle
La colère est souvent le sommet visible d’un iceberg : dessous, il y a frustration, tristesse, fatigue ou sentiment d’injustice. À 5 ans, un enfant peut apprendre à identifier ses émotions — mais il a besoin d’accompagnement.
Ce que je fais concrètement :
- Nommer les émotions dans les livres ou les films
- Dire : « Je vois que tu es très fâché parce que… »
- Parler de mes propres émotions : « Moi aussi je suis frustrée quand… »
Ces petits échanges, répétés au quotidien, construisent progressivement son vocabulaire émotionnel. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai créé “J’accompagne les colères (et autres émotions difficiles) de mon enfant”, un outil simple et visuel que j’utilise avec mes propres enfants. Il aide les enfants à reconnaître leurs émotions, identifier leurs déclencheurs, et choisir des stratégies pour se calmer. Je l’ai conçu pour qu’il soit facile à utiliser à la maison, même quand on est fatigué.
2) Identifier les déclencheurs
Très souvent, la colère suit un schéma prévisible. Les déclencheurs les plus fréquents :
- la faim
- la fatigue
- les transitions (quitter le parc, arrêter un jeu)
- la frustration
- les conflits avec frères et sœurs
Avec mes enfants, j’ai appris à repérer ces signaux avant-coureurs. Par exemple, une fin d’après-midi sans collation adéquate augmentait drastiquement les tensions. Mais anticiper ne signifie pas tout éviter. Cela permet simplement de réduire les situations explosives.
Vous pouvez aussi aider votre enfant à identifier lui-même ses déclencheurs :
« Qu’est-ce qui t’a mis en colère ? »
« Est-ce que tu étais déjà fatigué ? »
Petit à petit, il apprend à mieux se connaître.
Pour aller plus loin:
18 facteurs qui influencent le comportement des enfants.
3) Choisir les bonnes stratégies pour retrouver le calme
Une erreur fréquente consiste à croire qu’il existe une seule bonne stratégie. En réalité, chaque enfant a ses préférences. Une stratégie qui fonctionne aujourd’hui peut ne pas fonctionner demain.
La bonne nouvelle est qu’il existe de nombreuses stratégies parmi lesquelles votre enfant peut choisir. Certains enfants ont besoin de choses à câliner, d’autres des fidgets, et d’autres d’activités de fonction exécutive telles que les labyrinthes ou les sudokus.
L’objectif n’est pas d’arrêter la colère immédiatement. L’objectif est d’enseigner une compétence. J’accompagne les colères (et autres émotions difficiles) de mon enfantest une excellente ressource adaptée aux enfants qui les aide à identifier les émotions, les déclencheurs et les différentes stratégies pour y faire face.
4) Miser sur le renforcement positif plutôt que la punition
Je vais être très honnête : punir une crise de colère n’apprend pas à gérer la colère. Cela peut stopper le comportement sur le moment, mais n’enseigne aucune compétence émotionnelle. À la maison, vous pouvez :
- souligner les efforts
- valoriser les tentatives de régulation
- feliciter les progrès
Par exemple : « J’ai vu que tu as essayé de respirer quand tu étais fâché. C’est un grand pas. » Le renforcement positif augmente les comportements que vous voulez voir apparaître. Pour les parents qui souhaitent un cadre plus structuré, j’ai également développé un outil pratique pour mettre en place un système de renforcement efficace — sans tomber dans les pièges des tableaux de récompense mal utilisés. Il est conçu pour rester respectueux et motivant.

Les crises de colère chez l’enfant de 5 ans sont-elles normales ?
Dans la grande majorité des cas, oui. Elles diminuent progressivement en fréquence et en intensité lorsque l’enfant développe ses capacités d’autorégulation. Il est généralement rassurant si :
- n’interfèrent pas avec sa routine habituelle.
- ne les submergent pas.
- ont un déclencheur identifiable
- sont de courte durée.
Il ne faut pas s’inquiéter non plus si votre enfant ne réagit pas excessivement à tout.
Cela dit, les colères d’un enfant de 5 ans peuvent être le signe d’autres problèmes. Plusieurs études ont montré que dans de rares cas, ce comportement est associé à l’autisme[1], TDAH[2], un problème de traitement sensoriel, ou chez les enfants ayant des difficultés d’apprentissage et de langage[3].
Certains chercheurs ont constaté que certains types de comportements sont problématiques :
- Comportement violent
- Colères répétées chaque jour
- Crises intenses
- Comportement disproportionné
- Comportement incontrôlable à l’école
- Difficulté à se remettre des crises de colère
- Comportement agressif envers des objets inanimés
- Comportements d’automutilation
Ce guide gratuit vous aidera à évaluer les colères de votre enfant de 5 ans.
Ce que j’aimerais que chaque parent entende
La colère chez l’enfant de 5 ans ne définit ni votre enfant ni vos compétences parentales. Dans mon expérience, j’ai vu à quel point les parents se sentent vite coupables. Pourtant, la régulation émotionnelle est un apprentissage long qui est parfois invisible, souvent imparfait, et toujours progressif. Vous n’avez pas besoin d’être parfait. Vous avez simplement besoin d’être suffisamment constant.
Questions fréquentes sur la colère chez l’enfant de 5 ans
1) Est-ce que mon enfant fait trop de crises ?
La fréquence varie énormément d’un enfant à l’autre. Si les crises ont des déclencheurs clairs et que votre enfant retrouve son calme, cela reste dans la norme du développement. Ce qui compte davantage que le nombre, c’est l’évolution dans le temps.
2) Dois-je ignorer une crise de colère ?
Ignorer l’émotion n’est pas recommandé, mais ignorer certains comportements peut parfois être pertinent. L’idéal est d’accueillir l’émotion tout en maintenant une limite claire. Votre enfant a besoin de sentir que vous êtes un repère stable.
3) Est-ce que la punition est efficace ?
La punition peut stopper un comportement à court terme, mais elle n’enseigne pas la régulation émotionnelle. À long terme, l’accompagnement et le renforcement positif donnent de meilleurs résultats. L’objectif est d’enseigner une compétence, pas d’imposer le silence.
Pour aller plus loin
Une stratégie de discipline positive que vous pouvez mettre en place dès aujourd’hui
Un guide par tranche d’âge pour comprendre et gérer le comportement de votre enfant
4) Combien de temps dure cette phase ?
Il ne s’agit pas d’une phase qui s’arrête brusquement, mais d’une compétence qui se développe progressivement. Avec un accompagnement cohérent, la majorité des enfants gagnent en maturité émotionnelle au fil des années. Les progrès peuvent être subtils au début.
5) Quand faut-il consulter ?
Si les crises sont extrêmement intenses, violentes, quotidiennes ou qu’elles perturbent fortement l’école et la vie familiale, une consultation peut être utile. Un regard extérieur permet parfois de mieux comprendre ce qui se joue. Demander de l’aide est un acte de prévention, pas un signe d’échec.
En conclusion
La colère chez l’enfant de 5 ans est une étape normale du développement émotionnel. Avec des outils adaptés, de la constance et beaucoup de modélisation, votre enfant développera progressivement sa capacité à gérer ses émotions.
Et si vous souhaitez être accompagné dans cette démarche, mes outils pratiques ont été conçus exactement pour cela : vous offrir un cadre clair, simple et respectueux du développement de l’enfant. Vous n’êtes pas seul dans ce parcours. Et votre enfant n’est pas “trop”. Il apprend.
Références
[1] Agressions résistantes aux médicaments, comportements d’automutilation et crises sévères dans les troubles du spectre de l’autisme.
[2]Une comparaison des profils de comportement de crise chez les enfants atteints de TSA, de TDAH et de TDAH comorbide.
[3]Analyse fonctionnelle des crises de colère sévères chez les enfants présentant des retards de langage.



Tellement vrai cet article ! La colère à 5 ans c’est costaud. Un truc qui aide chez nous c’est de rediriger l’énergie vers une activité manuelle, ça canalise.
Merci pour votre commentaire Marion :)